Tournée commune en Bretagne

" La Cage aux Rossignols n'est pas qu'un rêve de cinéma, encore moins une utopie, puisque de cette idée généreuse se sont inspirés les éducateurs de Ker Goat, pour ramener à de meilleurs sentiments, les jeunes pupilles confiés à leur soin. "
Ce constat d'Yves GWENED dans son article du 5 mars 1947, " D'enfants victimes plus que coupables… " (La Liberté du Morbihan) résume parfaitement le message que souhaite délivrer au public breton, après la Libération, la Fédération bretonne de sauvegarde de l'enfance et de l'adolescence (FBSEA). L'idée est simple et originale : organiser une tournée de la chorale de Ker Goat dans les principales villes de Bretagne, avec projection du film de Noël-Noël en salle de cinéma. Elle semble germer dès le mois de novembre 1945 et le réalisateur, à qui Henri JOUBREL a offert un exemplaire de son livre sur Ker Goat, est même contacté. Mais l'événement, prévu au printemps, puis à l'automne 1946, est repoussé en 1947 pour cause d'indisponibilité du film.

La chorale de Ker Goat est à Nantes le 14 janvier, à Brest le 25 et à Quimper le 26. Elle rejoint Rennes les 8 et 9 février, Saint-Malo le 2 mars et Vannes le 4. Puis, après un voyage à Paris (salle Pleyel) et Versailles, elle s'arrêtera encore à Saint-Brieuc les 10 et 11 mai. L'argent des quêtes recueilli auprès du public et des nombreuses personnalités invitées devra servir à doter le centre de Ker Goat d'un harmonium. Au retour de Nantes, une audition à Radio-Rennes enthousiasme tout le personnel et notamment Maître Babin, professeur au Conservatoire et chef d'orchestre de la radio.

Face au succès incontestable de la tournée, plusieurs journalistes ne manquent pas d'exalter l'effet rédempteur suscité chez les jeunes de Ker Goat par la musique et le chant. L'un évoque l'émotion de l'auditeur lorsque " quarante gosses, quarante délinquants d'hier, chantent, avec une pureté retrouvée, les tendres et joyeuses chansons françaises " (coupure d'un journal non identifié, 8 mai 1947). C'est que le chant, soutient un autre, constitue un puissant moyen éducatif, la meilleure initiation à l'idée de communauté et d'équipe : " Une chorale, c'est une équipe idéale, où le sacrifice de chaque voix propre concourt, par une discipline librement consentie, à l'harmonie du groupe " nous dit encore Yves GWENED (La Liberté du Morbihan, 6 mars 1947).
Et ainsi, " la chorale de Ker Goat justifie l'aspect romanesque du film ".

Le rêve et la réalité se rejoignent donc. On conçoit alors que l'émotion de l'événement puisse aider à faire comprendre que " l'injustice est souvent la cause première de leur déchéance " ; que ces délinquants ne sont souvent que de " malheureux gosses vivant dans des conditions insalubres, soumis aux coups et aux punitions, comme aux heures plus fastes, selon l'humeur de parents tarés " (Yves GWENED, La Liberté du Morbihan, 5 mars 1947).
" Et M. Guyomarc'h, secrétaire de la FBSEA nous désignant un petit garçon d'une douzaine d'années, qui s'applique à chanter devant le micro, au milieu d'un petit groupe, ajoute :
- Tenez, celui-ci… il a tué une de ses jeunes camarades, en jouant bien sûr, mais volontairement… Et après son crime, il a failli faire condamner un innocent… Depuis qu'il nous a été confié, sa mentalité a changé et je suis persuadé que, lorsqu'il pense à sa mauvaise action, il est rongé par le remords. Aussi faisons-nous ce que nous pouvons pour l'empêcher d'y songer. Et son admission dans la chorale n'est certes pas l'une de ses moindres satisfactions. " (Jacques DELOSE, " Les Jeunes Délinquants du Hinglé à Radio-Bretagne ", coupure d'un journal non identifié, vers le 15 janvier 1947).
Sylvain CID