conservatoire national des archives et de l'histoire de l'éducation spécialisée et de l'action sociale

Répertoires d'établissements (I)

 

 
Charité et bienfaisance - Protection de l'enfance et de l'adolescence -
Secteurs sanitaire et médico-social - Ecoles de travailleurs sociaux (à venir)
 

  
 
Charité et bienfaisance
 
 
1. France entière


Les œuvres protestantes (1893)
  
    En 1893, du 1er mai au 3 octobre, la ville de Chicago accueille une Exposition universelle grandiose qui célèbre les 400 ans de la découverte de l'Amérique par Christophe Colomb. Parmi les nombreux congrès qui se tiennent à cette occasion, le plus grand est de loin le "Parlement mondial des religions" où vont siéger côte à côte pendant 17 jours, du 11 au 27 septembre, des représentants des cultes catholique, orthodoxe, protestant, juif, bouddhiste, musulman et brahmanique. En France, un Comité protestant français s'organise à l'initiative du pasteur Lalot pour y représenter les oeuvres du protestantisme français. Pour l'occasion, on fait appel au pasteur Franck Puaux (1844-1922) pour diriger un ouvrage "destiné à faire connaître l'activité religieuse, charitable et missionnaire des Eglises protestantes de France au XIXe siècle". Ce dernier, membre de ce comité, est le directeur de la Revue chrétienne et l'actif auteur de l'Agenda protestant, un annuaire de l'activité protestante paraissant régulièrement depuis 1880.
    La structure de l'ouvrage donne les premières places aux sociétés bibliques, aux sociétés de mission et d'évangélisation et aux oeuvres pastorales. Viennent ensuite les "oeuvres de charité", "consacrées au soulagement des misères humaines", les "oeuvres d'instruction" "fondées dans le but de développer l'instruction sur une base religieuse", puis "les oeuvres sociales" "qui se préoccupent de relèvement moral, de lutte contre le vice, d'amélioration sociale, en laissant dominer cette action si nécessaire par l'influence plus nécessaire encore de l'action de la religion". Un chapitre sur la presse protestante clôt l'ouvrage.
     
    Illustration : le pasteur Franck Puaux (1844-1922). Droits : C. Brouqui (myheritage.fr).
     
     
     
    Le recensement national de l'OCOB (1896)

      L'Office central des oeuvres de bienfaisance est fondé en 1890 en tant qu'"association d'assistance libre" par Léon Lefébure (1838-1911). Ce dernier est un ancien député de centre-droit et journaliste, fondateur de la Société générale des prisons en 1877 et membre actif de la Société générale pour le patronage des libérés. Siégeant à Paris, 175 boulevard Saint-Germain, ce nouvel organisme s'assigne comme buts principaux la connaissance, la coordination et le développement des oeuvres. En 1896, il publie le résultat d'une opération de recensement de ces réalisations en matière de charité et de prévoyance, menée de pair avec une réflexion sur une meilleure organisation de la charité privée. Cette publication prend la forme d'une série de fascicules départementaux dans lesquels chaque oeuvre fait l'objet d'un description succincte (nom, date de fondation, direction, type d'activité ou d'accueil, nombre de places éventuel).
       
      Le plan de présentation adopté suit simplement les âge de la vie : "enfance et adolescence" (des oeuvres de maternité aux établissements de correction, en passant par les orphelinats, patronages et oeuvres de préservation), "âge adulte" (des institutions de prévoyance au secours aux malades, en passant par l'assistance par le travail), "vieillesse" (oeuvres confondues cette fois sous l'expression  : "asiles de toute nature pour les vieillards").
      Quelques remarques :
      - la prise en compte des trois départements algériens de l'époque (Alger, Constantine, Oran) et du protectorat tunisien ;
      - l'absence des départements rétrocédés à l'Allemagne en 1871 (Moselle, Bas-Rhin et Haut-Rhin) ;
      - l'absence, cette fois inexpliquée, de l'Hérault.
       
      Illustration : "L'Assistance par le travail", gravure de l'OCOB, 1900 (DR / coll. CEDIAS-Musée social).
       
       
       
      Un carnet d'adresses de la "reconstitution catholique" (1912)
       
        Ce "carnet d'adresses" se présente comme un supplément au Guide des oeuvres du chanoine Riché, secrétaire général du bureau diocésain de Versailles. Auprès de son évêque Mgr Gibier (1849-1931), ce dernier est fortement impliqué dans la création et l'animation à partir de 1906 de comités paroissiaux et cantonaux qui, composés de religieux et de laïques et sous la direction d'un comité diocésain, sont chargés de susciter et soutenir localement les oeuvres. Cette organisation s'inscrit dans un contexte de forte mobilisation des catholiques faisant suite à la loi de Séparation de l'Eglise et de l'Etat en 1905.
        Ce "carnet" donne les noms, adresses, descriptions succinctes de l'activité et parfois un nom de personnalité responsable d'un ensemble d'oeuvres réparties sur tout le territoire national : oeuvres liées à l'enfance (pouponnières, orphelinats), oeuvres d'enseignement, oeuvres de préservation, oeuvres de correction et de réhabilitation, oeuvres d'assistance, oeuvres d'assistance par le travail, oeuvres pour les infirmes (sourds-muets, aveugles, aliénés, arriérés, épileptiques), caisses de secours, oeuvres militaires, oeuvres des marins, oeuvres religieuses, oeuvres pour les étrangers, ligues, sociétés philanthropiques et centres de renseignements médicaux.
         

         
        2. Les répertoires parisiens
         
         
        Les manuels de la librairie Poussielgue (1852-1900)
         
          Nommé archevêque de Paris en juillet 1848, peu de temps après la mort de Mgr Affre sur les barricades de juin, Mgr Sibour entreprend très vite d'encadrer et soutenir efficacement le développement de la charité parisienne. Il institue auprès de lui pour ce faire deux organisations : une Commission des œuvres et une Association générale de charité. La première réunit à l'archevêché un mercredi sur deux des ecclésiastiques ainsi que des personnalités reconnues du monde des œuvres. Elle est en charge d'une mission à la fois d'information et d'avis sur les demandes d'autorisation, passage obligé pour toute quête dans les églises de Paris. Fondée en novembre 1848, l'Association générale de charité poursuit le but : "1° de coordonner et d'étendre la charité chrétienne ; 2° d'unir entre elles toutes les bonnes oeuvres existantes, de manière à les soutenir et à leur donner l'occasion de se développer". La publication en 1852 d'un premier Manuel des œuvres sur ordre de l'archevêque et par les soins de la Commission des oeuvres se situe dans le prolongement de ces dispositions. La première édition, comme toutes les éditions ultérieures, est confiée à la maison "Poussielgue-Rusand" fondée en 1833 en tant que "librairie ecclésiastique et classique" et qui s'illustre également dans la publication des grands prédicateurs (Lacordaire, P. de Ravignan, P. Monsabré), de recueils de réflexions et de méditations, de biographies... avant de se spécialiser de plus en plus à partir de 1874 dans l'édition de livres scolaires pour l'enseignement libre.
           La préface de la première édition est écrite par le marquis de Cormenin (1788-1868), conseiller d'Etat et ancien député, membre de la Commission des œuvres, lui-même fondateur de plusieurs œuvres de bienfaisance et auteur de quelques ouvrages sur la question. Les œuvres privées sont réparties dans quatre catégories qui se démultiplieront au cours des éditions ultérieures : enfance et adolescence (premier chapitre) ; infirmité, maladie et vieillesse (deuxième chapitre) ; œuvres ecclésiastiques et congrégations religieuses vouées au service des pauvres (quatrième chapitre) ; institutions de pénitence et de réhabilitation (cinquième chapitre). Les auteurs précisent que la mention d'une œuvre dans le Manuel n'implique ni autorisation ni recommandation de la part de l'archevêché. Toute référence à l'archevêché et à la commission des œuvres va d'ailleurs disparaître dans les éditions suivantes.
           
          Illustration : "La Soeur de charité", dessin de Gavarni dans : Les Français peints par eux-mêmes, Paris : J. Philippart, tome 1, 1876-1878, p. 220 (source : Gallica).

             
             
            Le manuel parisien du premier chapelain de l'empereur (1856)
             
             
             
            "Visite de l'empereur et de l'impératrice à la crèche de soeur Rosalie", par Edouard Alexandre Sain (1830-1910)
            (C) RMN-Grand Palais (domaine de Compiègle) / Stéphane Maréchalle
            (visualisation et analyse du tableau sur le site de L'histoire par l'image)

             
             
             
            Raconter la charité : guides d'écrivains (1861-1888)
             
             

            Le guide d'un chef de la police des mœurs (1876)
             
            Né à Blois en 1823, Charles-Jérôme Lecour a gravi tous les échelons de la police depuis 1840 pour devenir en 1870 le chef de la Ie Division de la Préfecture de police, notamment en charge du célèbre Service des mœurs. En 1878, la violente campagne menée contre la Préfecture de police par Yves Guyot, conseiller municipal parisien et journaliste du quotidien radical La Lanterne, précipite pourtant sa mise à la retraite, suivie l'année suivante par les démissions du préfet de police Albert Gigot et du ministre de l'Intérieur de Marcère. Charles-Jérôme Lecour est l'auteur de plusieurs ouvrages sur la prostitution (dont : Police médicale : de la prostitution et des mesures de police dont elle est l'objet à Paris au point de vue de l'infection syphillitique, 1868La prostitution à Paris et à Londres, 1870 ; De l'état actuel de la prostitution parisienne, 1874) et d'un mémoire en défense de la police des mœurs suite aux attaques dont elle a été l'objet (La campagne contre la Préfecture de police envisagée surtout du point de vue du Service des mœurs, 1881). Il meurt à Blois en 1900. A la même date, paraissent les Souvenirs personnels d'une grande croisade de Joséphine Butler, préfacés par Yves Guyot, dans lesquels la militante féministe anglaise raconte sa rencontre au goût amer avec le chef de la police française des mœurs en 1874.
             
            Dans ce tableau de l'assistance à Paris, Charles-Jérôme Lecour trouve l'occasion de mettre en exergue les complémentarités qui unissent dans les mêmes efforts les œuvres d'assistance dans leur rôle prophylactique et les services de police.
             
            Illustration : gardiens de la paix (1871-1873), dans : Louis Lépine (dir.), Histoire du corps des gardiens de la paix, Paris : Firmin Didot, 1896, p. 429 (source : Gallica).

             
             
            Les répertoires parisiens de l'OCOB (1897-1912)
             
             
             
             Le carnet d'adresses de la "Maison du pauvre" (1903) 
             
            Ce modeste répertoire d'adresses de Paris et de sa banlieue s'ouvre sur une forte réflexion critique attribuée à l'ensemble de la presse : "Il ne manque pas d'œuvres de Solidarité sociale, de Secours et de Bienfaisance ; on en compte plusieurs milliers à Paris, mais les adresses n'en sont connues généralement que des mendiants professionnels qui en profitent au détriment des véritables infortunés". En 1901, Georges Harmois, à la tête d'un cabinet de jurisconsultes, fondateur du Syndicat des hommes d'affaires de France, directeur de la revue de droit L'Avocat et du journal L'Ami des pauvres est à l'initiative de l'œuvre de "La Maison du pauvre". Cette création est motivée par l'analyse suivante : ni l'existence d'une Direction de l'Assistance publique, ni celle de 20 bureaux de bienfaisance et de 3000 sociétés de bienfaisance n'ont jusqu'à présent empêché les pauvres gens de mourir de faim et de misère pour n'avoir pas su où s'adresser. Pour ceux-là, la "Maison du pauvre" veut être un haut lieu de solidarité sociale, libre d'accès, où fonctionnera un service régulier de renseignements et de placement gratuit auprès des diverses œuvres, où seront données des consultations médicales gratuites et proposé une aide pour faire valoir ses droits. Celle-ci "résumant à elle-seule toutes les œuvres de bienfaisance", pourra dispenser également des secours en nourriture, la fourniture de vêtements et l'attribution d'un logement provisoire. De ce projet ambitieux va surtout subsister les années suivantes, au 119 boulevard Voltaire à Paris, un "office gratuit de renseignements pour les indigents de tout âge" (Paris charitable et bienfaisant..., 1912, p. 9).
             
            La publication de ce dictionnaire par deux des fondateurs de l'œuvre, Georges Harmois et le banquier Emile Alleaume, tous deux administrateurs de la Société française de sauvetage et lauréats de la Société nationale d'encouragement au bien, s'inscrit dans le souci d'une vulgarisation de l'offre des œuvres plus efficace que celle réalisée jusque-là par l'OCOB. Le plan adopté suit classiquement les âges de la vie (enfance et adolescence, âge adulte, vieillesse, divers).
             
             Illustration : portrait de Georges Harmois dans L'Echo des jeunes. Revue littéraire, artistique, illustrée, n°249, 1er septembre 1904, p. 1 (source : Gallica).
             
             
             
             
            3. Autres répertoires urbains
               
             
            Saint-Etienne (1880)

              Loin de se cantonner au seul périmètre de Saint-Etienne, ce manuel décrit par des notices de tailles variables les "oeuvres et institutions générales de l'Eglise" (chapitre I), les "oeuvres et institutions nationales" (chapitre II), "diocésaines" (chapitre III), "paroissiales et locales" (chapitre IV).

               
               
              Angers (1889-1890)
               
                
               Orléans (1890)
              Ce manuel présente par des notices de longueurs variables et en suivant l'ordre alphabétique les oeuvres et institutions sociales orléanaises, qu'elles soient publiques ou privées.
              Lyon (1900) 
                 En 1900, l'abbé Adolphe Vachet, né en 1845, est missionnaire diocésain de la Maison des Chartreux et chanoine honoraire d'Alger. Auteur déjà de trois ouvrages sur l'histoire religieuse de Lyon, il dédie son nouvel ouvrage sur les oeuvres lyonnaises à Hermann Sabran, le président de la Commission des hospices civils de Lyon. Son but : "après avoir fait connaître les oeuvres, [s'] attacher à rechercher les origines et la pensée-mère qui a présidé à leur création". En divisant son ouvrage en deux parties consacrées l'une aux oeuvres privées, l'autre aux oeuvres publiques, il met en évidence le rôle indispensable que joue les premières auprès de l'Etat et des municipalités.
                 
                A l'intérieur de la première partie, les oeuvres sont partagées entre les oeuvres du "premier âge", celles pour la "jeunesse", celles pour les "adultes", celles pour les "vieillards" et enfin les "oeuvres de religion, de zèle, etc.". Les "providences", ces créations essentiellement lyonnaises et stéphanoises développées surtout autour de l'industrie de la soie, apparaissent en bonne part dans le chapitre consacré à la jeunesse. Chaque entrée fait l'objet d'une notice dont la taille varie de trois lignes à trois pages.
                 
                 
                Neuilly-sur-Seine (1905)
                 Armentières (1913)
                 
                 
                 
                Diocèse de Bourges (1917)
                 
                Diocèse d'Arras (1931)
                 
                 
                 
                 
                 
                Charité et bienfaisance

                Protection de l'enfance et de l'adolescence

                 Ecoles de travailleurs sociaux (à venir) 
                 

                 
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