conservatoire national des archives et de l'histoire de l'éducation spécialisée et de l'action sociale

Trombinoscope


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  • Fernand Deligny

    1913 - 1996

    Educateur et écrivain, Fernand Deligny naît en 1913 à Bergues (Nord). Après son baccalauréat, il entame des études de philosophie et de psychologie. En 1937, il occupe les fonctions d'instituteur dans une école à Paris, rue de la Brèche aux Loups. Il y intervient auprès d'enfants considérés comme attardés et dont le comportement dérange souvent l'univers de la classe. Fernand Deligny substitue le plus souvent possible à la salle de classe une pédagogie originale dans le Bois de Vincennes tout proche. Il s'agit, écrit-il, de "changer les circonstances". A la même époque, Fernand Deligny rencontre le psychologue Henri Wallon qui l'incite à passer le certificat d'aptitude à l'enseignement des enfants arriérés qui existe depuis 1909.
     
    En 1938, Fernand Deligny est nommé à l'Hôpital psychiatrique d'Armentières dans le Nord, mobilisé en 1939-1940, il y reviendra jusqu'en 1943. A Armentières où sont entassés de jeunes "arriérés", malades mentaux, vagabonds, délinquants, il innove en accord avec le directeur de l'hôpital, en supprimant les punitions, en organisant des ateliers, des activités sportives, des liens de plus en plus importants avec l'extérieur. En 1944, il est nommé directeur pédagogique du Centre d'observation et de triage (COT) de Lille géré par la Sauvegarde du Nord. IL contribue largement à ouvrir l'institution vers l'extérieur, il associe des responsables des auberges de jeunesse et les familles aux activités de l'institution. Il ouvre à Wazemmes près de Lille un club qui préfigure les clubs de prévention.
     
    En désaccord avec la Sauvegarde, Deligny quitte le COT et publie en 1947 Les Vagabonds efficaces. Il va alors développer avec les auberges de jeunesse une politique de réseau pour accueillir des jeunes, délinquants ou non, qui posent problème. Ce sera "la Grande Cordée". Le projet sera soutenu jusque dans les années 1950 par le ministère de la Santé, de nombreux juges des enfants, l'Education nationale. A la même époque, tout en animant le réseau, Fernand Deligny travaille au laboratoire de psychologie d'Henri Wallon.
     
    Progressivement, Fernand Deligny passera des jeunes délinquants à un autre type de population "des enfants aux troubles plus profonds" avec lesquels il mène dans le Bourbonnais entre 1962 et 1964 des expériences qui s'apparentent à celles des lieux de vie. En 1965, Fernand Deligny rencontre à la clinique de la Borde, près de Cheverny dans le Val de Loire Jean Oury et Félix Guattari qui y développent avec des malades des expériences de psychothérapie institutionnelle. Ce n'est pas le modèle de Deligny. A La Borde, il rencontre un enfant autiste "Janmari" qui vient de la Salpêtrière. C'est sa première pratique avec ce genre de population.
     
    En 1967, Fernand Deligny s'installe dans le Gard, puis à Monoblet dans les Cévennes, dans une vieille ferme où il crée avec quelques enfants autistes, dont Janmari, un lieu de vie. Certains de ces enfants lui seront envoyés par Françoise Dolto et Maud Mannoni. Avec un petit réseau d'amis et de compagnons, dont Jacques Lin qui lui succédera après sa mort, il développe son projet : "donner un sens à ce non verba de l'enfant mutique... à partir non pas des mots, mais de gestes, de trajets, de signes observés au quotidien et qui n'ont a priori aucune intelligibilité." Il meurt à Monoblet en 1996 en laissant de très nombreux écrits inédits.

    Texte : Jacques Bourquin
    Illustration : site Internet de Thierry Goguel d'Allondans, éducateur spécialisé et anthropologue (http://www.thigodal.net/anciens.htm)
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  • Marc Ehrhard

    1924 - 2006

    Marc Ehrhard est né le 1er février 1924 à Mulhouse (Haut-Rhin). Il est l’aîné de quatre garçons. Il fait ses études au collège Saint Etienne à Strasbourg puis au collège Saint Joseph à Périgueux, la ville de Strasbourg ayant été évacuée au début de la guerre 1939-1945. Il obtient le baccalauréat en 1941, le baccalauréat en Théologie en 1944, une maîtrise de droit en 1947, un diplôme d’études supérieures en droit privé en 1949, un diplôme d’études supérieures en économie politique en 1950. Etudiant insatiable il se retrouvera doctorant au moment de sa retraite en 1989 travaillant sur une thèse inachevée : « La part du droit dans les pratiques de l’éducation spécialisée ».

    Le scoutisme marque son enfance et aussi toute sa vie. A 8 ans il est louveteau puis sizenier. Chez les Scouts de France il est très vite chef de patrouille. A Périgueux il monte un clan routier. La guerre terminée, de retour à Strasbourg il crée le clan Saint Louis et avec l’aide des Guides de France mène une opération devenue aujourd’hui « Œuvre de prévention infantile » de Strasbourg. En 1958, après le décès de Jacques Astruc et avec son ami le Docteur Victor Girard ils deviennent tous deux responsables nationaux de l’Arc en Ciel et seront notamment chargés de l’organisation et de l’animation des stages de formation de Jambville qui rassemblent de nombreux éducateurs. En 1963 il est nommé Commissaire national des Scouts de France chargé du Service Enfance Inadaptée.

    La guerre marque sa jeunesse : le 24 août 1944 il est engagé volontaire aux FFI (Forces Françaises de l’Intérieur) et volontaire pour le 1er bataillon du 126ème régiment d’infanterie. De janvier à mai 1945 il fait les campagnes d’Alsace et d’Allemagne. Le 9 avril 1945 il est blessé à Ettlingen (Allemagne), rapatrié et soigné à l’hôpital militaire de Lyon. Il est démobilisé le 15 décembre 1945 avec le grade de sergent.

    Le 17 avril 1948 Marc Ehrhard épouse Denise Mercky : début d’une belle famille de 5 enfants, 12 petits-enfants, 13 arrière-petits-enfants au sein de laquelle les valeurs se transmettent.

    Marc Ehrhard va alors s’intéresser aux jeunes en difficulté. D’avril 1948 à juillet 1950 il dirige un foyer de semi-liberté pour adolescents caractériels à Strasbourg. De 1950 à 1961 il dirige le Centre d’Observation de Lorry-les-Metz en Moselle. Il est conjointement secrétaire général du Comité Mosellan de Sauvegarde de l’Enfance et de l’Adolescence (CMSEA) de 1958 à 1961. Son implication dans la commune et dans la paroisse l’amène à créer un ciné-club, un club de football, un couaroil (rencontre festive entre anciens du village). Au niveau départemental il est responsable de l’Ecole des Parents (Dr. Berge), vice-président de la Famille Lorraine, membre du Conseil Diocésain de l ‘Action Catholique, conseiller de recherche du CIEDHEL (Mouvement de recherche économique et sociale fondé par le Père Lebret et relevant de la Conférence Episcopale).

    A Strasbourg, de 1961 à 1989, Marc Ehrhard dirige l’Ecole d’Educateurs Spécialisés (aujourd’hui ESTES). Il développe la formation en cours d’emploi pour les éducateurs en poste mais non diplômés, pour les éducateurs techniques, les moniteurs d’atelier. Il promeut la formation continue, veille à la formation des formateurs. Il crée le cartel des formations avec l’Ecole d’Assistantes de Service Social de Mulhouse (aujourd’hui ISSM).

    Toujours à Strasbourg, en 1977, il est co-fondateur et président de l’association Clair de Terre, lieu de rencontres et de convivialité entre personnes handicapées et personnes valides où chacun choisit et partage des activités de culture et de loisir.

    De 1988 à 1994 il préside le Comité de lutte contre la toxicomanie.

    Au plan national il est co-fondateur en 1966 avec Etienne Jovignot, directeur de l’Ecole d’éducateurs de Dijon, et Pierre Alloing, directeur de l’Ecole d’éducateurs de Marseille, du Comité d’Entente des Ecoles d’Educateurs qui réunit les 25 écoles existantes. Ce trio sera l’artisan du diplôme d’état d’éducateur spécialisé en 1967.

    Il est membre de la Commission préparatoire du VIème plan (1971-1975) au sein de la Commission action sociale, Sous-commission enfance inadaptée présidée par Jacques Delors (gouvernement Chaban-Delmas).

    De juin 1971 à juin 1979 il préside l’Association Nationale des Educateurs de Jeunes Inadaptés (ANEJI).

    Au plan européen, en 1990, il crée le réseau Euro social qui a pour vocation de regrouper sur l’ensemble des pays européens les acteurs concernés par les dispositifs sociaux d’aide aux personnes et groupes en difficulté afin de créer une Europe juste et solidaire. Il en est le président jusqu’en 2004 (publication aux Presses Universitaires de Nancy : Politiques et pratiques sociales en Europe – 1992).

    Au plan international il préside en mai 1989 le 1er congrès européen des Centres de formation d’éducateurs spécialisés au Palais de l’Europe à Strasbourg ainsi que la rencontre de mai 1991 avec 9 pays : Pologne, Italie, Allemagne, Danemark, Espagne, Royaume-Uni, Belgique, Suisse et France. A la demande de Paolo Marcon, professeur de l’Université « La Sapientia » à Rome il anime trois rencontres en Italie en 1989. Il est invité à Porto (Portugal) en 1992. Au Canada, à la demande d’Euchariste Paulhus il donne des cours au Département de Psycho-éducation de l’Université de Sherbrooke. Il intervient également au Congrès du Conseil du Québec de l’Enfance Exceptionnelle.

    Marc Ehrhard a présidé le CNAHES de 1997 à 2002. Il est signataire de la convention établie entre le CNAHES et les ministères de la Culture, de la Justice, des Affaires sociales.

    Il nous quitte, entouré des siens, le 5 décembre 2006.
     
    Texte : Denise Ehrhard, avec la collaboration de Roger Bello
    Photo : film table ronde "L'histoire de l'éducation spécialisée" (Centre de formation CREAI à Caluire, 1986)
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  • Jean-Claude Ferrand

    1925 - 1997

    Jean-Claude Ferrand naît le 10 août 1925 à Kwala-Simpang (Sumatra – Indonésie). Il a la nationalité belge, son père, ingénieur agronome étant fonctionnaire international, membre de l’Académie Royale de Belgique.
    Dès l’âge de onze ans, Jean-Claude Ferrand pratique le scoutisme chez les Eclaireurs de France. Ses études seront interrompues par la guerre et l’occupation de la Belgique par l’Allemagne nazie. A l’âge de 17 ans il s’engage dans la résistance, puis, volontaire, il est intégré dans le 11ème bataillon de fusiliers tankistes. En lien avec la 3ème Armée américaine il participera à la campagne des Ardennes, d’Allemagne et de Tchécoslovaquie. A la fin de la guerre il rejoint ses parents à Paris et obtient un baccalauréat scientifique en 1946. Il se lance alors dans des études de médecine qu’il abandonnera au bout de la 3ème année. Pendant cette même période, il a renoué avec le scoutisme : il est chef du groupe Lahire aux Eclaireurs de France et assistant du Commissaire de Province Paris-Sud.
    Ces éléments biographiques sont importants car ils situent la double approche de ce fondateur. En effet pendant ces années d’étude, il a été en contact avec des personnalités médicales : les professeurs Dubois, en Belgique, Heuyer, Duché et Flavigny à Paris. Aux Eclaireurs de France, il fait la connaissance d’Henri Joubrel, de Jacques Rey (Eclaireurs Unionistes) et trouve un solide appui auprès de René Duphil, Commissaire des EDF. Il a pu constater à travers ses stages dans les hôpitaux combien ces structures sont inadaptées pour prendre en charge des jeunes présentant des difficultés dans le développement de leur personnalité.
    C’est René Duphil qui va faciliter la réalisation des projets éducatifs de Jean-Claude Ferrand en l’orientant vers une propriété du Scoutisme Français située à Saint Lambert des Bois. L’achat de cette propriété va permettre la création de l’association Vers la Vie en 1951 et, en février 1952, l’ouverture d’un établissement qui accueille très rapidement une quarantaine d’adolescents. Il est dirigé par Jean-Claude Ferrand. L’encadrement est assuré majoritairement par des personnes issues du scoutisme et extrêmement motivées par ce projet. Ces personnes vivent sur place pour la plupart. Les faibles salaires sont versés irrégulièrement car le financement de la structure est précaire et ne sera stabilisé qu’avec l’agrément au titre des annexes XXIV du décret du 9 mars 1956 concernant la Sécurité Sociale. Nous voyons ainsi que le fondateur, compte tenu de sa fréquentation des milieux médicaux, se tourne plutôt vers la Sécurité Sociale et qu’il ignore l’ordonnance du 2 février 1945. Il est clair pour lui que les enfants qu’il reçoit ne sont pas des délinquants, même s’ils ont commis des délits, et qu’il s’agit davantage de les prendre en charge en leur apportant éducation et soins nécessités par leur état.
    Jean-Claude Ferrand établit d’ailleurs de nombreux contacts avec des structures mettant en œuvre la psychothérapie institutionnelle (Jean Oury à la Clinique de La Borde, Paul Sivadon à La Verrière, Le Guillant à Vitry et aux CEMEA, Françoise Dolto…) mais aussi avec les institutions porteuses des courants de l’éducation nouvelle (Célestin Freinet, « Mamie » Soubeyran à Dieulefit…).
    A partir de ces contacts, il met en œuvre avec ses collaborateurs une prise en charge des jeunes fondée sur quelques principes de base : une vie quotidienne partagée avec les jeunes, une pédagogie scolaire et professionnelle individualisée partant de leurs intérêts et de leur motivation, un développement des activités culturelles et sportives entraînant une réelle prise de responsabilité, un conseil de maison qui donne la parole à chacun, un appui psychologique et psychiatrique lorsque cela est nécessaire.
    Non sans difficultés, il arrive à faire accepter par la Sécurité Sociale la notion de « loisirs thérapeutiques » qui va permettre de réaliser des activités à haute responsabilité dans lesquelles les jeunes vont découvrir leurs propres capacités : navigation, spéléologie, escalade, randonnée en montagne.
    L’association va se développer progressivement en s’ouvrant aux secteurs justice et protection de l’enfance : foyers de suite, milieu ouvert, services d’accueil d’urgence, foyers pour jeunes mères célibataires venus de la fusion avec l’AEJM (Association pour l’Education des Jeunes Mères) en 1978. Cette fusion est menée de façon exemplaire et entraîne la modification de l’appellation de l’association : Vers la Vie devient l’Association Vers la Vie pour l’Education des Jeunes (AVVEJ) mêlant ainsi les deux sigles.
    Jean-Claude Ferrand est en outre un promoteur de la vie associative. Il estime que cette forme institutionnelle permet souplesse et créativité à partir d’un fonctionnement démocratique refusant les membres de droit et faisant place aux salariés qui veulent s’impliquer dans cette vie associative. Il pense que les institutions publiques sont trop rigides, malgré des personnels souvent de qualité, car trop prises dans une réglementation tatillonne qui sclérose les initiatives. A travers son action au sein de l’UNIOPSS et de l’URIOPSS Ile de France*, il met en garde les associations contre le péril de la réglementation et il revendique une réelle indépendance, indispensable aux initiatives d’un vrai travail éducatif. Pour autant il ne rejette pas un contrôle indispensable mais intelligent pour toute structure qui reçoit des fonds publics.
    Jean-Claude Ferrand fait valoir ses droits à la retraite en 1983 et abandonne la direction de l’association. Il en deviendra le président en 1986 jusqu’à sa mort en 1997.
     
    *UNIOPSS : Union Nationale Interfédérale des Organismes Privés Sanitaires et Sociaux ; URIOPSS : Union Régionale Interfédérale des Organismes Privés Sanitaires et Sociaux.

    Texte : Roger Bello 
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  • Jacques Gauneau

    1926 - 2017

    Jacques Gauneau est un éducateur né en 1926 à Tours. Après des études secondaires et un engagement dans le scoutisme, il abandonne ses études en 1947 pour se consacrer à la rééducation dans divers centres du Sud de la France. A partir de 1950, il suit l’enseignement de l’Institut de psycho-pédagogie médico-sociale de Montpellier dirigé par le professeur Lafon. Pour son année de stage, il part en Algérie dans une équipe rassemblée par Bernard Durey et ouvre un des premiers centres pour troubles graves de la personnalité (Centre Alfred Binet à Douera) dont il devient sous-directeur en 1954 puis directeur en 1956. Parallèlement, il est membre depuis l’origine de l’ANEJI (Association nationale des éducateurs de jeunes inadaptés), puis délégué régional pour l’Algérie. En 1957, il rentre à Paris et devient délégué permanent de l’ANEJI. Au-delà de ses actions pour l’association au niveau national, il est également responsable de l’Outre-Mer et contribue à la naissance de l’Union Générale des Educateurs Africains et Malgaches de Jeunes Inadaptés (UGEAMJI). En 1961, il revient au travail de base en prenant la responsabilité du Centre d’Observation Régional de Marseille (Sanderval) tout en continuant des activités associatives bénévoles et en assurant quelques enseignements. En 1970, il devient formateur à plein temps au CFESME de Peynier-Aix (réseau du chanoine Barthélémy) où il est plus particulièrement chargé de la section Moniteurs-Educateurs. Dans ce cadre, il participe à la fondation et assure la présidence pendant trois ans du Comité de Liaison des Ecole des Moniteurs-Educateurs (CLEME). Il prend sa retraite en 1986 et participe alors à un groupe de travail (GESTE-COD) et à la préparation d’un ouvrage collectif sur la danse thérapeutique (A corps, perdus, accords perdus, dossiers d’Aquitaine Editions, Bordeaux). Lire la suite
  • Victor Girard

    1917 - 2012

    Victor Girard est né le 28 novembre 1917, à Chalon sur Saône, dans une famille d'employés. Parallèlement à une scolarité à l'école puis au collège laïque, il entre en 1927 aux Scouts de France. Il devient chef de troupe, ce qui l'amène à fréquenter des scouts d'autres fédérations, en particulier des Eclaireurs. Ses études universitaires le conduisent à Lyon, où il intègre la Maison des Etudiants Catholiques. Il s'occupe alors de la section universitaire d'un clan "populaire" (Albert de Mun), tout en participant aux travaux des Equipes sociales.
    Il est admis en août 1939 au concours de l'Ecole de Santé des Armées de Lyon, avant d'être mobilisé en septembre de la même année comme infirmier. Après un passage à l'Ecole de Santé, qu'il intègre en octobre 1939, il prépare la seconde année de médecine et participe aux activités d'un clan Arc en Ciel. Il est affecté à une unité du Pas de Calais au moment de la campagne de France. Après l'évacuation de Dunkerque vers la Grande Bretagne, il reprend part aux combats, avant d'être fait prisonnier dans la Sarthe le 29 juin 1940. Il est conduit en captivité en Prusse Orientale, d'où il ne reviendra comme rapatrié sanitaire qu'en février 1944. Il prépare la 3ème année de Médecine pendant sa convalescence, et intègre en juillet 1944 un maquis FTPF de l'Ardèche.
    Il combat avec cette formation intégrée dans l'armée des Alpes, jusqu'en mai 1945, moment où il réintègre l'Ecole de Santé, Il forme dans cette école un Clan Arc en Ciel.
    Il soutient sa thèse de médecin, consacrée à une étude comparative de tests de niveau mental auprès de jeunes dits irréguliers. Il est ensuite, en décembre 1946, affecté à l'Ecole d'Application du Val de Grâce à Paris, et le 1er janvier 1947, il reçoit sa première affectation comme médecin-lieutenant à l'Ecole de l'Arme Blindée et Cavalerie à Saumur. Il y forme un nouveau Clan Routier Scout de France, appelé "Arc en Ciel", avec certains officiers élèves de l'Ecole de l'Arme blindée et de la cavalerie.
    Avec eux, il prolonge une animation déjà entreprise auparavant auprès des jeunes " colons " de l'IPES de Saint Hilaire (Vienne), et de l'internat approprié de Chanteloup (Fontevrault), et crée des journées d'accueil dans les familles saumuroises, pour les jeunes pensionnaires de ces deux établissements.
    Il participe à l'animation de stages de formation d'éducateurs à Marly-le-Roi, puis à Jambville en compagnie de Jacques Astruc, où ces stages prennent le nom de "stages Arc en Ciel".
    En juillet 1950 il est affecté en Indochine auprès d'une unité de Légion Etrangère, où il est, entre autres, chargé de mettre en oeuvre des tests pour le recrutement d'indigènes dans le cadre du "jaunissement" des unités.
    Après un court passage en France, le médecin Girard est affecté au Maroc de mars 1953 à octobre 1954. Il prépare le concours d'assistant des Hôpitaux, et intègre l'Hôpital du Val de Grâce, où il passe le concours de spécialité en Neurologie et Psychiatrie en 1957, avant de réussir l'Agrégation en 1960.
    A partir de 1958, il commence un travail de consultant à temps partiel à l'Institut d'Education Motrice (IEM) de Berck (Pas de Calais). Il continue à s'occuper de l'Arc en Ciel, jusqu'en 1965.

    En 1962, il est appelé, à la demande du docteur Marty qui l'a remarqué au cours des stages Arc en Ciel, à siéger au sein du Comité Pichat ou CNALCEP, qui s'efforce de coordonner les actions de prévention spécialisée.

    Il met un terme à sa carrière militaire en décembre 1966, et entame une carrière de médecin psychiatre libéral et de psychanalyste dans le Vème arrondissement, tout en effectuant des vacations, notamment à l'IEM, à la Sauvegarde des Yvelines et au sein de la Consultation d'Hygiène mentale du XVIIIème arrondissement (secteur 32). Il mène parallèlement une activité de recherche consacrée au handicap, en particulier dans le cadre du CTNEAI (Centre Technique National de l'Enfance et de l'Adolescence Inadaptée), qui devient le CTNERHI (Centre Technique National d'Etude et de Recherche sur le Handicap et l'Inadaptation) en 1975. Il participe, en signe de solidarité avec les éducateurs qu'il fréquente dans le cadre de la Sauvegarde des Yvelines, à l'occupation des locaux du CTNEAI en mai 1968. Ce souci de garder un contact avec les éducateurs l'amène à entretenir des relations suivies avec le CNL, Comité National de Liaison des Clubs et Equipes de Prévention Spécialisée, dit Comité national de liaison, formé après le Congrès AFSEA (Association française pour la Sauvegarde de l'Enfance et de l'Adolescence) de Bordeaux en 1971, par des éducateurs qui estimaient que les différentes instances de Prévention spécialisée ne prenaient pas suffisamment en compte la vie de la base.

    En 1982, le médecin-capitaine Girard cesse son activité de médecin et se consacre alors à différentes associations d'assistant des Hôpitaux militaires, en particulier à la Sauvegarde des Yvelines. Il continue à siéger au sein du CTNERHI et du CTPS (Comité Technique de la Prévention Spécialisée). Il publie en collaboration avec J.M. Peticlerc et J. Royer aux éditions Fleurus Cette prévention dite spécialisée et coordonne La Prévention spécialisée en France, ouvrage qui fait le bilan de l'action menée dans le secteur. En 1997, V. Girard continue à œuvrer dans le secteur de la Prévention Spécialisée.
     
    Il est en outre Président d'une association gérant un Club de Prévention dans le XVIIIème arrondissement de Paris (TVAS 18ème - 17ème nord), mais aussi engagé dans l'action contre diverse formes d'inadaptation sociale (président-fondateur en 1984 de l'Association ALTAIR, président du CIDE qui comprend un CMPP, un hôpital de jour pour adolescents en difficulté, et un centre d'accueil et de traitement pour toxicomanes, administrateur de la Sauvegarde des Yvelines).
     
    Il est décédé le 4 février 2012

    Texte : Véronique Séchet

    Ressource :
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  • Jacques Guyomarc'h

    1917 - 2006

    Jacques Guyomarc’h a passé son enfance et sa jeunesse à Paris, dans le 15e arrondissement où habitait sa famille, d’origine bretonne, ainsi que celle de Juliette sa future épouse. Les deux familles étaient amies, et tous deux se sont connus très jeunes, mais jusqu'à l’année 1940, ils n’avaient pas envisagé de faire leur vie ensemble. Au moment de la déclaration de guerre, en 1939, Jacques est étudiant en lettres à la Sorbonne, et membre actif de la JEC (Jeunesse étudiante chrétienne). Il est alors mobilisé pendant 9 mois et se trouve à Nancy au moment de l'invasion allemande à laquelle il échappe de justesse. Rentré à Paris, il suit en 1940 le stage du Vésinet, organisé par le Secrétariat Général à la Jeunesse, qui rassemble des responsables de mouvements de jeunesse, chargés ensuite de susciter des écoles de cadres pour les centres de jeunesse où l’on espérait éviter que les jeunes ne soient embrigadés par les Allemands... Il est ensuite "chef de chantier" au Château de Sillery, à Savigny-sur-Orge, où l'on formait alors de futurs cadres.
    Il épouse Juliette Portes le 11 octobre 1941. La même année, il est nommé par le Secrétariat Général à la Jeunesse à la Direction de l’école de cadres Ty Armor, en Bretagne, à la Haye-en-Mordelles. Après 18 mois de travail, Jacques fait alors un séjour au Centre de cadres de Marly-le-Roi, puis est nommé à l’école de la rue Dareau, qui forme des éducateurs.
    En mars 1944 se crée en Bretagne la Fédération bretonne de sauvegarde de l'enfance et de l'adolescence1. Le 18 avril, Jacques en est nommé secrétaire général administratif par le Ministère de la Santé. Il reçoit mission de créer un centre d’observation pour la jeunesse délinquante à l’hôpital psychiatrique de Rennes. En 1944, après la Libération, le centre d’observation est transféré à la Prévalaye, aux environs de Rennes, dans les baraquements occupés par les Allemands qui ont fait sauter avant leur départ le château datant du 15e siècle. Le C.O.de la Prévalaye ouvre le 9 octobre 1944, Dans ces baraquements insalubres, sans eau, sans électricité, Jacques Guyomarc’h va aménager, avec l’aide de son épouse Juliette, un établissement dont il sera le directeur jusqu’en 1963. C’est une véritable épopée qui se joue là, comme dans bien d’autres endroits en France.2
    L’Association nationale des éducateurs de jeunes inadaptés (ANEJI) est fondée le 15 juillet 1947. Jacques Guyomarc’h en est le premier secrétaire général, puis le président de 1963 à 1971 .Il occupe ensuite de nombreuses responsabilités dans le secteur de la protection de l’enfance : directeur du CREAI de Bretagne qui a succédé à la Fédération bretonne de sauvegarde, vice-président de l’Association internationale des éducateurs de jeunes inadaptés (AIEJI), président de l’IRTS de Bretagne. Puis en 1994 il fait partie des fondateurs du CNAHES dont il sera administrateur jusqu’à ce qu’il nous quitte.
    A travers ces nombreux engagements au service de la jeunesse en difficulté et des éducateurs qui travaillent auprès d’eux, il a joué un rôle essentiel au plan national comme au plan régional. Il est un des témoins de ces générations de pionniers sans lesquels la prise en charge de la jeunesse en difficulté et la professionnalisation du secteur de l’enfance inadaptée n’auraient pu devenir ce qu’elles sont aujourd’hui.
     
    Texte : Chantal Duboscq
    Visuel : rencontre de l'AIEJI à Fribourg (détail de photo), 1950 (archives Jacques Mazé).
     
    1 Equivalent des ARSEA qui se constituent alors dans les différentes régions.
    2 Epopée racontée dans le livre « Elles ont épousé l’éducation spécialisée », Ed. L’Harmattan, 1999.
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  • Georges Heuyer

    1884 - 1977

    Georges Heuyer est né le 30 janvier 1884 à Pacy-sur-Eure, en Normandie. Fils et petit-fils de vétérinaire, il vit son enfance dans une certaine pauvreté suite à la mort rapide de son père alors qu’il n’a que 18 mois. « Dans mon lointain passé, racontera-t-il plus tard, je vois surgir le souvenir d’un petit bonhomme de sept ou huit ans, à Paris, où il venait passer ses vacances, sur l’avenue de Clichy, aidant sa mère, courageuse et magnifique, à pousser une voiture des quatre-saisons et à vendre aux clients. On comprendra peut-être que l’homme ait eu le sens profond des questions sociales. » Pour expliquer sa vocation relative aux jeunes délinquants, Georges Heuyer évoquera aussi un cambriolage qu’il aura commis à l’âge de neuf-dix ans dans la cave du directeur de la pension où il se trouve, avant d’être puni, traité de voleur et menacé du plus pitoyable avenir. Lycéen à Evreux, il fréquente le dimanche l’asile d’aliénés, dont le médecin directeur est son correspondant. C’est au milieu de ces aliénés qu’il juge sympathiques et injustement isolés de l’extérieur que, dira-t-il, il prend le goût de la psychiatrie.
     
    Georges Heuyer fait sa médecine à Paris, il devient externe chez Babinski puis interne chez Déjerine. Au moment de la guerre des Balkans, il part comme volontaire de la Croix-Rouge pour servir comme médecin militaire en Bulgarie. Puis il revient terminer son internat chez le Dr Méry en pédiatrie. C’est là qu’il rassemble les éléments de sa thèse, Enfants anormaux et délinquants juvéniles : Nécessité de l’examen psychiatrique des écoliers, qu’il va soutenir en 1914, alors qu’il exerce dans le service du Dr Dupré à Sainte-Anne. Georges Heuyer y propose de nouvelles méthodes de détection à partir de fiches qui synthétisent à la fois une observation médicale, pédagogique et psychologique. Dès lors, la population ciblée n’est plus seulement cantonnée dans son arriération, elle est regardée à travers ses troubles du comportement. Aussi devient-il impossible, selon l’auteur, « de séparer théoriquement et pratiquement, les anormaux des délinquants ; ceux-ci se recrutant parmi ceux-là. »
     
    Après son retour de la guerre, Georges Heuyer devient, toujours à Sainte-Anne, chef de clinique à la chaire des maladies mentales et de l’encéphale de 1919 à 1922. En 1920, Ernest Dupré le fait nommer médecin de l’Infirmerie spéciale de la Préfecture de police (le « Dépôt ») où il restera 28 ans et dont il deviendra directeur. La même année, il est nommé médecin inspecteur des écoles de la Seine, et commence ses travaux sur les enfants psychopathes avec le psychologue Jean-Maurice Lahy. Surtout, il devient le collaborateur bénévole d’Edouard Toulouse dans son combat pour les hôpitaux ouverts et il contribue ainsi à la création de l’Hôpital Henri-Rousselle. Puis en 1925, il est nommé directeur de la clinique annexe de neuropsychiatrie infantile, ouverte à l’instigation du juge Henri Rollet, dans les locaux du Patronage de l’enfance que ce dernier a aussi créé. Cette clinique sera le centre de gravité de la neuropsychiatrie infantile. La consécration de cette nouvelle spécialisation médicale se manifeste en 1937, avec le premier Congrès international de psychiatrie infantile à Paris ; puis en 1943 avec la création par arrêté du Conseil technique de l’enfance déficiente et en danger moral qui, présidé par Heuyer lui-même, doit déterminer les conditions de dépistage, de l’observation et de la rééducation de ces enfants ; enfin en 1948 avec la création d’une chaire de psychiatrie infantile dont il devient le titulaire.
     
    L’approche clinique de l’enfance dite irrégulière est fortement marquée par cette hégémonie à travers la création, dans les années 1920 et 1930, des premières cliniques spécialisées et des consultations d’hygiène mentale infantile, puis des centres d’observation et enfin, à partir des années 1950, des premiers centres médico-pédagogiques. Dans le même temps, Georges Heuyer est omniprésent dans les congrès, les conseils d’administration et les comités de rédaction de revues scientifiques. Avec lui, le médecin psychiatre devient le personnage central autour duquel s’organise le secteur de l’enfance inadaptée. Il écrit au cours de sa vie dix ouvrages et plus de cent publications sur la pédo-psychiatrie. Il fonde en 1953 la Revue de neuropsychiatrie infantile et d’hygiène mentale de l’enfance. Ses élèves sont également nombreux, parmi lesquels Léon Michaux, Marguerite Badonnel, Louis Le Guillant, Pierre Mâle, Jenny Roudinesco, Paul Meignant, Jean Dublineau, Clément Launay, Serge Lebovici, Henri Sauguet, Paul Le Moal.
     
    En 1950, paraissent les résultats immédiatement contestés d’une enquête dite des « cent mille enfants », initiée par la Fondation Alexis Carrel en 1943 et destinée à évaluer la valeur mentale du capital humain constitué par les enfants de 6 à 14 ans. Georges Heuyer y déclare que 70% des délinquants ont été des anormaux et que par conséquent, 70% des anormaux peuvent devenir des délinquants. La contestation de la figure de Georges Heuyer par les nouvelles générations de psychiatres portera aussi très largement sur son attachement durable à la théorie de l’hérédité. Son influence reste néanmoins très vive dans le secteur de l’enfance inadaptée jusqu’en 1970. Il décède en 1977 à Paris.
     
    Texte : Sylvain Cid
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  • Claude Hornuss

    1927 - 2013

    Dès la fin de sa formation à l'Ecole d'éducateurs de Montesson avec Jean Bégué, Claude Hornuss participe à la création du premier foyer de « semi liberté » après la guerre 39-45, à Buc, peu après une première installation provisoire à Versailles. Ainsi la Sauvegarde de l'enfance et de l'adolescence de Seine et Oise, déjà à l’initiative d’un placement familial, ouvrait son premier établissement en internat afin d’accueillir des adolescents confiés par les juges des enfants. La magnifique propriété située dans un parc au pied des arcades de Buc, baptisée par les initiateurs « Foyer la Maison », pouvait accueillir des jeunes répartis en groupes à chaque étage. Ainsi Jean Bégué, Claude Hornuss, Pierre Lavy, Gaston Coeuignart lançaient cette « prise en charge » de jeunes en difficulté avec la justice en assurant un hébergement éducatif et en utilisant les moyens extérieurs d'apprentissage et d'enseignement : entreprises et écoles du village, de l'environnement.

    Après la nomination de Jean Bégué au poste de conseiller technique de l'association le 1er Janvier 1960, Claude Hornuss prit la direction de « la Maison » jusqu'en 1965. Pendant toute cette période il témoignera d'une remarquable écoute, d'une disponibilité à toute épreuve auprès de l'équipe et des jeunes confiés. Ouvert à une prise en charge adaptée et en perpétuelle recherche, il prônait à la fois une formation de qualité des éducateurs et un vrai partage quotidien avec les jeunes. A cette époque l'éducateur vivait dans un appartement avec sa propre famille à l'étage des groupes de vie, et cette famille pouvait partager avec le groupe des moments choisis. Les cinq enfants de Claude Hornuss sont nés à Buc dans ce contexte. Une annexe dans le parc pour les jeunes plus âgés permettra de leur donner plus d'autonomie et préfigurera une évolution, après son départ, dans les années 1970 : de nouveaux éducateurs formés et passionnés par ce type d'aide aux adolescents en proie à des difficultés de conduite et de comportement adapteront le projet. Une ouverture de l'établissement aux plus anciens avec possibilités d'appartements et studios en ville sera alors mise en place. En outre, pour les plus jeunes, un renforcement de l'aide scolaire et préprofessionnelle sera créé : classes et ateliers les préparant à leur intégration dans la société.

    En 1965 Claude Hornuss prendra la direction adjointe du Docteur Sallou à l'Ecole de formation psycho-pédagogique de Paris (EFPP) et assumera à son tour la direction de 1982 à 1987. Son expérience professionnelle et son intérêt pour la qualité de la formation des travailleurs sociaux lui permettront de maintenir et de développer les exigences et les valeurs défendues à l'EFPP.

    Pendant toute sa vie professionnelle Claude Hornuss s’impliquera très fortement au sein de l'ANEJI. Il était aussi très engagé dans son village des Loges-en-Josas. Il s'y consacrera beaucoup comme conseiller municipal de 1977 à 1983 et remplira les fonctions de maire de 1985 à 1995. Patrick Confetti, son successeur, écrivait : « la philosophie et la pugnacité qu'il a développées en tant que directeur d'Ecole d'éducateurs spécialisés se sont reflétées tout au long de ses mandats d'élu avec un regard toujours tourné vers les autres ».

    Ses cinq enfants et son épouse décédée en 1991, les témoins les plus proches de cet homme humble, généreux et clairvoyant, savent mieux que quiconque ce que nous lui devons. Mais à son départ ses enfants ont tenu à rappeler de façon émouvante et très authentique que c'était aussi un homme amoureux de la voile ...de la mer où il se ressourçait quand il le pouvait.
    Robert Bossé
    Ancien directeur de « La Maison » à Buc
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  • Henri Joubrel

    1914 - 1984

    Henri Joubrel est né à Vannes. En 1925, il entre dans le scoutisme, aux Éclaireurs de France. Élu premier secrétaire de la Conférence du stage des avocats, à la cour d’appel de Rennes (1934), il plaide des affaires de mineurs. En 1939, il est reçu docteur en droit, ainsi qu’à l’examen d’entrée dans la magistrature. Il sera magistrat jusqu’au 31 décembre 1941. À cette date, il abandonne volontairement ses fonctions. S’ouvre alors pour lui ce que l’on peut appeler une carrière sociale. Il s’intéresse notamment à l’expérience bretonne du centre de rééducation de Ker Goat, créé en 1940, et tenu par de jeunes chefs scouts, près de Dinan (Côtes-du-Nord) dont il tirera un ouvrage best-seller intitulé Ker-Goat où le salut des enfants perdus. En 1945, il réussi à se faire nommer commissaire national des Éclaireurs de France pour la sauvegarde de l’Enfance. Quinze années de suite (1945-1959), il va organiser à Paris le cycle des conférences du “Méridien”. Il réalise également annuellement, à partir de 1945, un stage national de perfectionnement destiné aux éducateurs spécialisés, mais aussi aux autres professions du social. C’est à l’occasion d’un de ces stages qu’est créée, sous son impulsion, l’Association nationale des éducateurs de jeunes inadaptés (ANEJI), dont il sera le délégué général jusqu’en 1961. La dimension internationale de son action commence en 1948, avec une rencontre franco-allemande sur « les problèmes de l’éducation des jeunes inadaptés ». Ces rencontres en Allemagne, élargies les années suivantes donnent naissance, en 1951, à l’Association internationale des éducateurs de jeunes inadaptés (AIEJI) dont il sera le président de novembre 1955 à avril 1978. Mais son principal cheval bataille reste sa plume prolifique, qu’il exerce dans les journaux et périodiques de tous bords (L’Illustration, Informations sociales, Journal des Éclaireurs, L’Action laïque, Liaisons, Ouest-France, Rééducation, Sauvegarde, Tribune de l’Enfance…). Il participe par ailleurs à de très nombreuses émissions à la radio et la télévision, véritable chantre de la défense des « jeunes en danger moral ». Il meurt le 27 avril 1983 à Saint-Malo.

    Illustration : AIEJI, Henri Joubrel 1914-1983, témoin et acteur de l'évolution de l'action éducative et sociale, [s.l.n.d], 1985.
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  • Etienne Jovignot

    1924 - 2011

    Etienne Jovignot est né à Grenoble le 30 janvier 1924. En 1942, il obtient à Dijon le baccalauréat de lettres (latin, grec, allemand, philosophie) et le deuxième prix au concours général de philosophie des lycées de France. Il suit donc de 1942 à 1944 une formation de philosophie et de théologie au séminaire de Dijon. Le 18 septembre 1944, il s’engage dans la première division française libre (DFL) et participe aux campagnes de Belfort, d’Alsace et de l’Authion pour lesquelles il se voit décerner la croix de Guerre avec médaille de bronze. De 1945 à 1946, il suit la formation d’officier du service de santé, au Val de Grâce, à Paris.En octobre 1946, il entre à la faculté des lettres de Dijon avant d'obtenir, en 1948, les quatre certificats de licence : psychologie, morale et sociologie, philosophie générale et histoire de la philosophie. Au cours de l’année 1949, il est reçu au certificat d’études littéraires classiques (français-latin). Il passe en 1950 le CAPES de philosophie sans succès. Il est toutefois nommé en octobre adjoint d’enseignement stagiaire au lycée Carnot à Dijon. Il y enseigne aux élèves de sciences expérimentales et de mathématiques élémentaires et est titularisé adjoint d’enseignement. Tout en enseignant, il a obtient en 1952 le certificat de géographie physique à la faculté des sciences de Dijon, celui-ci étant alors nécessaire pour pouvoir se présenter à l’agrégation de philosophie. En 1953, il obtient le diplôme d’études supérieures de philosophie (DEES) en présentant « Les origines de la philosophie morale chez Malebranche » (mention bien).
     
    Parallèlement à son activité d’enseignement, Etienne Jovignot anime la jeune compagnie dijonnaise de théâtre amateur « Les Baladins ». De 1946 à 1954, cette troupe présente dans toute la région bourguignonne de nombreux spectacles montés dans l’esprit de Jacques Copeau et Léon Chancerel (elle a obtenu notamment en 1952 un prix au concours des jeunes compagnies). Les Baladins comptent plusieurs éducateurs spécialisés, parmi lesquels, Pierre Alloing, directeur du Centre d’observation de Chenôve. Ils collaborent également avec « La Cigale », chorale animée par Pierre Lalire, lui-même directeur du Centre de rééducation de Montigny-sur-Vingeanne. Ces éducateurs font découvrir à Etienne Jovignot l’intérêt de leur profession, notamment à l’occasion de spectacles présentés dans leurs établissements éducatifs.

    A la fin de l’année 1953, Etienne Jovignot est sollicité pour succéder à Pierre Alloing à la direction du Centre d’observation de Chenôve. Détaché de l’Education nationale, du 1er janvier 1954 au 30 juin 1962, Etienne Jovignot dirige ce centre pour mineurs de justice et pupilles difficiles, géré par l’Association régionale de sauvegarde de l’enfance et de l’adolescence de Bourgogne (ARSEA). Chenôve est alors le premier centre d’observation en milieu ouvert (OMO) de garçons et de filles créé en France dans le secteur privé. Ce centre dispose d’un internat pour 60 garçons âgés de 9 à 21 ans. Etienne Jovignot y développe les services d’observation en milieu ouvert en l’ouvrant aux filles en 1955 et en créant en 1959 une consultation d’orientation éducative (COE) au service des tribunaux pour enfants et des directions départementales des affaires sanitaires et sociales de la région. Il reçoit également de nombreux stagiaires des écoles d’éducateurs pour des formations pratiques.
    A partir de 1959, Etienne Jovignot est chargé de cours sur les inadaptations juvéniles à la faculté de lettres et des sciences humaines de Dijon auprès des étudiants en psychologie puis en sciences de l’éducation.

    En 1962, l’ARSEA lui demande de créer à Dijon une école d’éducateurs spécialisés. Il quitte donc le Centre d’observation de Chenôve le 1er juillet 1962 pour prendre la direction de l’Institut de formation d’éducateurs spécialisés (IFES) dont il a négocié avec le Rectorat le programme et l’organisation ainsi que la mise en place du diplôme d’éducateur spécialisé de l’Université de Dijon.

    De 1963 à 1966, Etienne Jovignot est également secrétaire de la commission de formation de l’Association nationale des éducateurs spécialisés (ANEJI), puis de 1966 à 1974 et de 1976 à 1984, secrétaire général du Comité d’entente des écoles et centres de formation d’éducateurs spécialisés. Dans ce cadre associatif professionnel, il participe à la préparation ainsi qu’à la négociation avec les pouvoirs publics des textes créant les diplômes officiels et organisant la formation aux différentes fonctions éducatives. Il fait partie du groupe des directeurs d’écoles d’éducateurs spécialisés qui ont obtenu, tout d’abord, le 22 février 1967, la création du diplôme d’Etat, puis, en 1976, du certificat d’aptitude aux fonctions d’éducateur technique spécialisé (CAFETS). En 1984, il participe également à la mise en place du diplôme supérieur en travail social (DSTS). Le 30 janvier 1984, nouvellement retraité, Etienne Jovignot laisse la direction de l’IFES. La croix du Mérite national lui est décernée par le ministère de la Santé en juin de cette même année.

    De 1984 à 1990, il assure la présidence de l’association l’Arche à Dijon, dépendante de l’Arche créée par Jean Vanier, au bénéfice d’adultes handicapés, notamment au plan mental. En 1984, il est aussi sollicité par l’évêché de Dijon pour participer aux travaux de la Commission diocésaine d’art sacré, dont il assurera le secrétariat général entre 1989 et 2000.
     
    Texte : Archives départementales de la Côte d'Or
    Illustration :  site du journal Le Bien public (http://www.bienpublic.com/cote-d-or/2011/09/23/etienne-jovignot)
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