conservatoire national des archives et de l'histoire de l'éducation spécialisée et de l'action sociale

Trombinoscope ( H )


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  • Georges Heuyer

    1884 - 1977

    Georges Heuyer est né le 30 janvier 1884 à Pacy-sur-Eure, en Normandie. Fils et petit-fils de vétérinaire, il vit son enfance dans une certaine pauvreté suite à la mort rapide de son père alors qu’il n’a que 18 mois. « Dans mon lointain passé, racontera-t-il plus tard, je vois surgir le souvenir d’un petit bonhomme de sept ou huit ans, à Paris, où il venait passer ses vacances, sur l’avenue de Clichy, aidant sa mère, courageuse et magnifique, à pousser une voiture des quatre-saisons et à vendre aux clients. On comprendra peut-être que l’homme ait eu le sens profond des questions sociales. » Pour expliquer sa vocation relative aux jeunes délinquants, Georges Heuyer évoquera aussi un cambriolage qu’il aura commis à l’âge de neuf-dix ans dans la cave du directeur de la pension où il se trouve, avant d’être puni, traité de voleur et menacé du plus pitoyable avenir. Lycéen à Evreux, il fréquente le dimanche l’asile d’aliénés, dont le médecin directeur est son correspondant. C’est au milieu de ces aliénés qu’il juge sympathiques et injustement isolés de l’extérieur que, dira-t-il, il prend le goût de la psychiatrie.
     
    Georges Heuyer fait sa médecine à Paris, il devient externe chez Babinski puis interne chez Déjerine. Au moment de la guerre des Balkans, il part comme volontaire de la Croix-Rouge pour servir comme médecin militaire en Bulgarie. Puis il revient terminer son internat chez le Dr Méry en pédiatrie. C’est là qu’il rassemble les éléments de sa thèse, Enfants anormaux et délinquants juvéniles : Nécessité de l’examen psychiatrique des écoliers, qu’il va soutenir en 1914, alors qu’il exerce dans le service du Dr Dupré à Sainte-Anne. Georges Heuyer y propose de nouvelles méthodes de détection à partir de fiches qui synthétisent à la fois une observation médicale, pédagogique et psychologique. Dès lors, la population ciblée n’est plus seulement cantonnée dans son arriération, elle est regardée à travers ses troubles du comportement. Aussi devient-il impossible, selon l’auteur, « de séparer théoriquement et pratiquement, les anormaux des délinquants ; ceux-ci se recrutant parmi ceux-là. »
     
    Après son retour de la guerre, Georges Heuyer devient, toujours à Sainte-Anne, chef de clinique à la chaire des maladies mentales et de l’encéphale de 1919 à 1922. En 1920, Ernest Dupré le fait nommer médecin de l’Infirmerie spéciale de la Préfecture de police (le « Dépôt ») où il restera 28 ans et dont il deviendra directeur. La même année, il est nommé médecin inspecteur des écoles de la Seine, et commence ses travaux sur les enfants psychopathes avec le psychologue Jean-Maurice Lahy. Surtout, il devient le collaborateur bénévole d’Edouard Toulouse dans son combat pour les hôpitaux ouverts et il contribue ainsi à la création de l’Hôpital Henri-Rousselle. Puis en 1925, il est nommé directeur de la clinique annexe de neuropsychiatrie infantile, ouverte à l’instigation du juge Henri Rollet, dans les locaux du Patronage de l’enfance que ce dernier a aussi créé. Cette clinique sera le centre de gravité de la neuropsychiatrie infantile. La consécration de cette nouvelle spécialisation médicale se manifeste en 1937, avec le premier Congrès international de psychiatrie infantile à Paris ; puis en 1943 avec la création par arrêté du Conseil technique de l’enfance déficiente et en danger moral qui, présidé par Heuyer lui-même, doit déterminer les conditions de dépistage, de l’observation et de la rééducation de ces enfants ; enfin en 1948 avec la création d’une chaire de psychiatrie infantile dont il devient le titulaire.
     
    L’approche clinique de l’enfance dite irrégulière est fortement marquée par cette hégémonie à travers la création, dans les années 1920 et 1930, des premières cliniques spécialisées et des consultations d’hygiène mentale infantile, puis des centres d’observation et enfin, à partir des années 1950, des premiers centres médico-pédagogiques. Dans le même temps, Georges Heuyer est omniprésent dans les congrès, les conseils d’administration et les comités de rédaction de revues scientifiques. Avec lui, le médecin psychiatre devient le personnage central autour duquel s’organise le secteur de l’enfance inadaptée. Il écrit au cours de sa vie dix ouvrages et plus de cent publications sur la pédo-psychiatrie. Il fonde en 1953 la Revue de neuropsychiatrie infantile et d’hygiène mentale de l’enfance. Ses élèves sont également nombreux, parmi lesquels Léon Michaux, Marguerite Badonnel, Louis Le Guillant, Pierre Mâle, Jenny Roudinesco, Paul Meignant, Jean Dublineau, Clément Launay, Serge Lebovici, Henri Sauguet, Paul Le Moal.
     
    En 1950, paraissent les résultats immédiatement contestés d’une enquête dite des « cent mille enfants », initiée par la Fondation Alexis Carrel en 1943 et destinée à évaluer la valeur mentale du capital humain constitué par les enfants de 6 à 14 ans. Georges Heuyer y déclare que 70% des délinquants ont été des anormaux et que par conséquent, 70% des anormaux peuvent devenir des délinquants. La contestation de la figure de Georges Heuyer par les nouvelles générations de psychiatres portera aussi très largement sur son attachement durable à la théorie de l’hérédité. Son influence reste néanmoins très vive dans le secteur de l’enfance inadaptée jusqu’en 1970. Il décède en 1977 à Paris.
     
    Texte : Sylvain Cid
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  • Claude Hornuss

    1927 - 2013

    Dès la fin de sa formation à l'Ecole d'éducateurs de Montesson avec Jean Bégué, Claude Hornuss participe à la création du premier foyer de « semi liberté » après la guerre 39-45, à Buc, peu après une première installation provisoire à Versailles. Ainsi la Sauvegarde de l'enfance et de l'adolescence de Seine et Oise, déjà à l’initiative d’un placement familial, ouvrait son premier établissement en internat afin d’accueillir des adolescents confiés par les juges des enfants. La magnifique propriété située dans un parc au pied des arcades de Buc, baptisée par les initiateurs « Foyer la Maison », pouvait accueillir des jeunes répartis en groupes à chaque étage. Ainsi Jean Bégué, Claude Hornuss, Pierre Lavy, Gaston Coeuignart lançaient cette « prise en charge » de jeunes en difficulté avec la justice en assurant un hébergement éducatif et en utilisant les moyens extérieurs d'apprentissage et d'enseignement : entreprises et écoles du village, de l'environnement.

    Après la nomination de Jean Bégué au poste de conseiller technique de l'association le 1er Janvier 1960, Claude Hornuss prit la direction de « la Maison » jusqu'en 1965. Pendant toute cette période il témoignera d'une remarquable écoute, d'une disponibilité à toute épreuve auprès de l'équipe et des jeunes confiés. Ouvert à une prise en charge adaptée et en perpétuelle recherche, il prônait à la fois une formation de qualité des éducateurs et un vrai partage quotidien avec les jeunes. A cette époque l'éducateur vivait dans un appartement avec sa propre famille à l'étage des groupes de vie, et cette famille pouvait partager avec le groupe des moments choisis. Les cinq enfants de Claude Hornuss sont nés à Buc dans ce contexte. Une annexe dans le parc pour les jeunes plus âgés permettra de leur donner plus d'autonomie et préfigurera une évolution, après son départ, dans les années 1970 : de nouveaux éducateurs formés et passionnés par ce type d'aide aux adolescents en proie à des difficultés de conduite et de comportement adapteront le projet. Une ouverture de l'établissement aux plus anciens avec possibilités d'appartements et studios en ville sera alors mise en place. En outre, pour les plus jeunes, un renforcement de l'aide scolaire et préprofessionnelle sera créé : classes et ateliers les préparant à leur intégration dans la société.

    En 1965 Claude Hornuss prendra la direction adjointe du Docteur Sallou à l'Ecole de formation psycho-pédagogique de Paris (EFPP) et assumera à son tour la direction de 1982 à 1987. Son expérience professionnelle et son intérêt pour la qualité de la formation des travailleurs sociaux lui permettront de maintenir et de développer les exigences et les valeurs défendues à l'EFPP.

    Pendant toute sa vie professionnelle Claude Hornuss s’impliquera très fortement au sein de l'ANEJI. Il était aussi très engagé dans son village des Loges-en-Josas. Il s'y consacrera beaucoup comme conseiller municipal de 1977 à 1983 et remplira les fonctions de maire de 1985 à 1995. Patrick Confetti, son successeur, écrivait : « la philosophie et la pugnacité qu'il a développées en tant que directeur d'Ecole d'éducateurs spécialisés se sont reflétées tout au long de ses mandats d'élu avec un regard toujours tourné vers les autres ».

    Ses cinq enfants et son épouse décédée en 1991, les témoins les plus proches de cet homme humble, généreux et clairvoyant, savent mieux que quiconque ce que nous lui devons. Mais à son départ ses enfants ont tenu à rappeler de façon émouvante et très authentique que c'était aussi un homme amoureux de la voile ...de la mer où il se ressourçait quand il le pouvait.
    Robert Bossé
    Ancien directeur de « La Maison » à Buc
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