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Annonce site Ville de Jarville soirée-débat 10/12/2025 – 80 ans Sécurité Sociale

10 décembre 2025 : « La Sécurité Sociale – Mieux comprendre de quoi on parle ! » à l’hôtel de Ville de Jarville (54). (Saynète « Comment ruiner le pays en profitant de la Sécu ? », retour sur les questionnaires auxquels ont répondu des habitants de la Californie au sujet de la Sécurité Sociale avec le sociologue Thiebaut Besozzi et Denis Poisson Vice Président de Citoyenneté Active Lorraine.

Synthèse par Jacques Bergeret des échanges qui ont eu lieu le 11/12/25 lors de la dernière réunion du Comité de Pilotage du  » Projet Grand Est : la Sécurité Sociale a 80 ans en 2025 « .

Cette manifestation s’est tenue en soirée le 10/12/25 à l’hôtel de ville de Jarville sur le thème : « La Sécurité Sociale, mieux comprendre de quoi on parle ! ». Après l’introduction par Denis Poisson, la soirée s’est déroulée en trois séquences : 1/ avec « un point d’histoire récente… » sur l’histoire de la Sécurité Sociale par Jacques Bergeret, 2/ la saynète humoristique « Comment ruiner le pays en profitant de la sécu ! » par Moussa Aridja, 3/ et l’intervention du sociologue Thibaut Besozzi concernant le retour qui pouvait être fait sur l’exploitation des questionnaires en forme de sondage et sans prétention scientifique qui avaient été diffusés au mois de juin par Denis Poisson qui est ici, au titre de Citoyenneté Active Lorraine et à qui je donne la parole tout de suite là-dessus.

L’information des habitants les invitant à cette réunion publique avait été fait par affichage dans les magasins dans les endroits clés du quartier de la Californie, car lorsque Citoyenneté Active Lorraine a diffusé et fait remplir les questionnaires, la promesse avait été faite aux 70 personnes qui ont répondu au questionnaire qu’on leur ferait un retour. L’information  a été également été diffusée sur les panneaux numériques de la ville.

Ce fut une belle soirée même si le nombre de participants est resté restreint à une vingtaine de personne, car, comme on s’y attendait plutôt, aucun habitant du quartier ne s’est déplacé pour y participer. Par contre, de nombreux élus de la ville, dont le maire, Vincent Matheron et le directeur général des services qui fut l’interlocuteur privilégié pour l’organisation de l’ensemble de cette action en deux temps, portée par Citoyenneté Active Lorraine. A noter dans la salle comme spectateur : un ancien médecin généraliste du quartier de la Californie, aujourd’hui en retraite, le président de l’UDAF de Meurthe-et-Moselle et le défenseur des droits.

Moussa Aridja auteur-acteur saynète

Moussa Aridja auteur-acteur saynète « Comment ruiner le pays en profitant de la Sécu ? »

Les gens ont été intéressés par les résultats du questionnaire, et cela a généré des débats de grande qualité. Thibaut Besozzi a su développer un regard sociologique pour cibler véritablement les éléments clés des réponses au questionnaire diffusé en juin.

Le maire, Vincent Matheron, a remercié collectivement les initiateurs et acteurs de cette action, de s’être intéressés à la perception des habitants de la commune et en particulier du quartier de la Californie. Son propos mérite d’être rapporté.

Une des premières choses, dit-il, qui m’a percuté très rapidement en responsabilité, c’est qu’il y a plusieurs freins qui font aujourd’hui que les habitants du quartier de la Californie ne vont pas aux soins. Bien sûr il y a le frein économique, le frein culturel, mais un certain nombre d’actes médicaux ne sont pas accomplis tout simplement parce que les habitants du quartier de la Californie ont ceci de particulier, parce qu’on les a tellement assignés à résidence, que lorsque le soin n’est pas dispensé sur place, ils n’y vont pas. Alors ça c’est quand même quelque chose de très important.

Il a rebondi par rapport à l’intervention du médecin en retraite, présent dans la salle, qui a passé 34 ans professionnels dans le quartier de la Californie, expliquant que beaucoup de prescriptions, par exemple de simples prises de sang prescrites par le médecin de quartier, en fait ne sont pas accomplies. Beaucoup d’examens médicaux approfondis prescrits auprès d’un spécialiste ne sont pas accomplis non plus. Ce sont les retours qu’il a quand il aborde les questions de santé avec les habitants du quartier. Il dit par ailleurs que ce quartier a une particularité par rapport à l’état sanitaire déplorable de nombreuses personnes : il y a quelque chose de groupal et géographiquement déterminé.

Ce propos du maire est intéressant à l’égard de ce « Quartier Politique de la Ville » étant donné que Citoyenneté Active Lorraine visait avec cette action une meilleure connaissance d’un QPV au regard des questions de santé abordées avec la population par le biais du questionnaire sur la Sécurité Sociale. Donc cette action sans prétention scientifique renseigne véritablement.

Il dit que, quand on le regarde de près, ce quartier comporte énormément de gens qui se déplacent avec une canne ou sont en situation de handicap. Pour lui, ce n’est pas un hasard.  J’ai fait le lien avec le propos d’Étienne Thévenin, lors du colloque des 80 ans de la SS à la fac de droit de Nancy, rappelant l’expérience de la « Médecine préventive » sur le site de Brabois de Vandoeuvre-lès-Nancy[1].

C’était d’autant plus intéressant de le faire que parmi les élus de Jarville présents, Daniel Giacometti a été précédemment dans sa carrière professionnelle le Directeur administratif et financier de cet organisme.

* Témoignage de Jacques Bergeret :  » A l’époque où avec mon épouse et nos trois enfants, nous répondions aux convocations étalées sur plusieurs années, j’avais compris tout l’intérêt de cette médecine préventive qui n’était pas faite pour soigner, utile à la fois pour entendre singulièrement des préconisations de bonne santé et dont le travail statistique de mesures et d’investigations sur des cohortes de familles, permettait d’établir une cartographie documentée des situations collectives de la santé des familles selon leur territoire de vie. C’est dire, en rapport avec la réflexion concernant le quartier de La Californie, que les moyens existent pour ne pas être aveugle sur ce qui se passe aux différentes échelles géographiques des territoires de vie des gens. Il y a même des évidences problématiques comme c’est le cas du quartier politique de la ville qui nous intéresse, où, même si les habitants bénéficient de prescriptions du médecin de quartier et de la Sécurité Sociale, ce n’est pas pour autant que la prévention et les soins pour la santé fonctionnent de manière satisfaisante, parce que d’autres éléments, pas si périphériques que cela, jouent un rôle important de frein ou d’empêchement.

Lorsque le maire parle pour ces habitants d’assignation à résidence, il explique les freins psychologiques qui sont tout simplement pour eux, de sortir du quartier, de traverser le pont, d’aller à l’hôpital central qui n’est pas si loin que cela, et a fortiori à l’hôpital de Brabois plus éloigné. Il constate majoritairement une forme de renoncement aux soins, l’assignation à résidence doublant les freins psychologiques et provoquant cet effet de renoncement. En contrepartie, le maire expliquait que les habitants de la Californie recourent aux urgences, souvent à partir d’une situation critique parce qu’on sait qu’on va être pris en charge gratuitement. Il évoquait aussi l’espérance de vie des habitants du quartier, sensiblement plus faible que pour le reste de la ville en disant : « Il y a un chiffre que vous n’avez pas, qu’il faut qu’on mette en perspective, c’est l’espérance de vie des habitants du quartier de la Californie. Il est plus faible, bien évidemment, comme on peut le constater à chaque fois qu’on a une population qui cumule les vulnérabilités et qui voient ces zones de vulnérabilité malheureusement soit se maintenir, voir s’agrandir. Et tout le travail qu’on a à faire collectivement, c’est de se mobiliser, bien évidemment et d’accompagner.

 Soirée 80ans SS de CAL à Jarville 10/12/25 propos conclusif du maire

Soirée 80ans SS de CAL à Jarville 10/12/25 propos conclusif du maire, Vincent Matheron,

Le maire a conclu en parlant de ce qu’il est en en train avec son conseil de mettre en place sur la Californie, en concertation avec les services du département, les services locaux, etc. avec la création au sein du quartier d’une « Maison de santé » réunissant dix-sept professions différentes. On ne peut que se féliciter de cette initiative au regard de l’analyse qui est posée. Après, on ne peut pas s’empêcher de demander si cela ne concourt pas aussi quelque part à la ghettoïsation et que du coup, tout étant sur place, cela n’encouragera certainement pas à aller à l’extérieur… Mais au moins ces services seront-ils proposés aux habitants du quartier. C’est sans doute déjà la priorité des priorités.

Les élus doivent faire face à des problématiques complexes où les solutions envisagées comportent des avantages et des inconvénients. Mais compte-tenu de l’enkystement et des difficultés rencontrées, en rapport à une politique générale poussée par le Conseil Départemental visant à « aller vers » les gens qui pour diverses raisons ne se déplacement pas vers les services offerts et souvent renoncent à leurs droit, la création de cette « Maison de santé » semble répondre à la situation.

Thiebaut Besozzi a fait une intervention remarquable pour tirer parti et aider à réfléchir sur les résultats obtenus par l’enquête menée par Citoyenneté Active Lorraine auprès des habitants du quartier politique de la ville de la Californie, en amenant vraiment de la valeur ajoutée explicative par rapport à l’outil de compréhension mobilisé qu’on appelle la sociologie. Concernant la ghettoïsation, il a dit que ce qui fait ghetto, c’est l’absence de services publics. C’est dire qu’en ramenant des services publics à l’intérieur d’un quartier, on le déghettoïse d’une certaine manière.

[1] Né en 1969 sous l’impulsion du Doyen Jacques Parisot, le Centre de Médecine Préventive œuvre depuis 50 ans aux progrès des conditions de la santé et de la vie. Depuis 2007, le Centre de Médecine Préventive est un organisme de Sécurité sociale. Il a le statut d’Union de Caisses de Sécurité Sociale. Les caisses adhérentes à cette union de caisses sont les CPAM 10, 52, 54, 55, 57, 88 et la CARSAT NORD-EST. Il participe à la mise en œuvre de la politique de prévention de l’Assurance Maladie et propose aux assurés sociaux la réalisation d’un examen de prévention en santé. Pour cette activité, il est un acteur incontournable et reconnu dans le champ de la santé des personnes en situation de fragilité sociale. Il a su tisser un maillage territorial et travaille en collaboration avec plus de 200 partenaires : structures du social (centres d’hébergement, de formation, d’insertion…), collectivités locales, CPAM… Sa qualité de service est reconnue par les bénéficiaires : 92% des assurés ayant réalisé un examen de prévention en santé en sont très satisfaits ou satisfaits. Plus largement, il a développé une offre de prévention en matière de santé et travaille avec de nombreux partenaires publics et privés (entreprises, associations…) et en étroite relation avec les professionnels de santé. Pour les médecins traitants, il intervient en appui de leur activité en proposant à leur patient de l’éducation en santé et de l’éducation thérapeutique du patient. L’UC-CMP, c’est aujourd’hui : 10 centres d’examens de santé ; une équipe de 135 collaborateurs dont 50 % de personnel médical et paramédical, un laboratoire d’analyses intégré. Son siège situé à Vandœuvre-lès-Nancy et dans ses 9 autres centres d’examen de santé, il accueille les assurés de 6 territoires, s’étendant de la Lorraine à la Champagne-Ardenne.

Documents en téléchargement :

Un point d’histoire récente sur l’histoire de la Sécurité Sociale – par Jacques Bergeret : disponible ici.

Diaporama du 10/12/25 Jarville + résultats du questionnaire : disponible ici.

Voir aussi la relation de l’évènement « 80 ans de la Sécurité Sociale » sur le site de Citoyenneté Active Lorraine :

80 ans Sécurité Sociale Jarville 10/12/25 site Citoyenneté Active Lorraine : accès direct ici !