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conservatoire national des archives et de l'histoire de l'éducation spécialisée et de l'action sociale

Dans cette rubrique, nous mettons en avant une des personnes que nous avons interviewées, au travers du résumé de l’entretien que nous avons eu avec elle… 

PAULE GAUNEAU

 

Mots clés : GAUNEAU ; BOUCHES DU RHONE ; Bernard DUREY ; ALGERIE ; CMPP; déontologie
Date d’enregistrement:    28 Janvier 2018

PAULE GAUNEAU

Après avoir suivi la formation d’infirmière puis d’assistante sociale à Montpellier en 1946, Paule se spécialise dans l’accompagnement d’enfants « caractériels et intelligents » pendant deux années à l’institut de psycho-pédagogie médico-sociale du professeur Lafon. Elle y fait la connaissance de son futur mari Jacques GAUNEAU.
Munie de ses diplômes, elle occupe son premier poste à 25 ans en 1950 en Algérie où, avec son mari, elle rejoint l’équipe de Bernard Durey qui vient de créer un centre médical psycho-pédagogique à Douera près d’Alger.  Paule Gauneau intervient aussi  à domicile auprès des enfants algériens de la Casbah, qu’elle accompagne souvent en Métropole lorsqu’il s’agit de placement en IMP.
La guerre d’Algérie éclate quelques années après. Après le 1er novembre 1954, l’insécurité rend les déplacements plus difficiles et l’armée intervient pour « rétablir l’ordre ». Un soir de mai 1956, Paule Gauneau sera convoquée comme ses quatre-vingts autres collègues assistantes sociales par la Préfecture pour accomplir une mission inconnue. Convoyée avec ses camarades en camion blindé dans un commissariat d’Alger, elle apprend alors qu’il leur est demandé de contribuer à une opération militaire de grande envergure sur la Casbah, et de fouiller les femmes pendant les opérations de contrôle.
Interpellée dans son éthique professionnelle, Paule Gauneau refuse de participer à cette opération militaire. Elle doit alors rester avec quelques autres en garde-à-vue toute la nuit pendant que certaines de ses collègues contribuent volontairement à l’opération. Sur les 80 assistantes sociales convoquées, seules 12 d’entre elles refusèrent leur participation…
Ce refus d’obéir à une injonction militaire au nom de la déontologie professionnelle suscite dans les mois qui suivent des débats passionnels et contradictoires au sein de la profession: si L’ANAS réaffirme cette déontologie en soutenant les 12 assistantes sociales et en dénonçant une utilisation abusive des travailleurs sociaux, 36 assistantes sociales ayant contribué à l’opération signent une lettre ouverte dans laquelle elles affirment avoir «apporté un sentiment de quiétude dans les milieux visités ».
Depuis cet évènement, L’Etat ne fera plus jamais appel aux travailleurs sociaux lors d’engagements militaires.
De retour en métropole en 1957, Paule Gauneau travaille à l’Institut Claparède de Paris. Elle est à ce jour membre du CNAHES et du GREHSS (Groupe de Recherche et d’Etude sur l’Histoire du Service Social)