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conservatoire national des archives et de l'histoire de l'éducation spécialisée et de l'action sociale

Yves LAPIE, Travail de mémoire à partir du premier contact avec mon futur métier d’éducateur spécialisé en 1960/61 et

RECHERCHES SUR L’HISTOIRE DES ORPHELINATS aux MAISONS D’ENFANTS pour « cas sociaux » avec extraits témoignage Yves Lapie ici sur la période 1960/1961 (démarche de formation, apprentissage).

Petite histoire des « ENFANTS ABANDONNÉS »

Sous l’Ancien Régime, autorités civiles et religieuses luttent contre les abandons d’enfants et les infanticides. Les grossesses doivent être déclarées aux autorités depuis 1556. Au XVIIIe siècle, le nombre d’enfants abandonnés augmente fortement (environ 40 000 en 1792). Après la Révolution, l’État prend progressivement les choses en main, décidant notamment la création d’un hospice pour les enfants trouvés, abandonnés et orphelins pauvres (1811) dans chaque arrondissement. Leur éducation est à la charge de l’État, mais les subventions se font souvent attendre.

A Rennes, un « hospice des enfants abandonnés » est mis en place par la municipalité vers 1805. Il accueille à ses débuts 245 enfants ; en 1809, on y compte 452 enfants (parmi lesquels les enfants des femmes emprisonnées).
En 1869, une circulaire restreint le périmètre des enfants considérés comme assistés et donc à charge de l’État (enfants nés hors mariage ou de parents inconnus, enfants de condamnés et orphelins pauvres). Les autres enfants rentrent dans la catégorie des indigents ordinaires, à la charge des établissements de charité, aux bureaux de bienfaisance, « en un mot à l’assistance locale » (5 Q 26, lettre du préfet, 1883).

Des orphelinats existent à Rennes au XIXe siècle, tenus par les congrégations religieuses, et subventionnés par la municipalité. Plusieurs orphelinats rennais peuvent être identifiés au XIXe siècle :

Rue du Griffon : ouvroir pour filles indigentes (1826), orphelinat de filles (1834-1837) (tenus par les Filles de la Charité, mais rattachés au bureau de bienfaisance)

Rue Jean-Macé : orphelinat de garçons (1849) (Congrégation de la Vierge) aujourd’hui IGR-IAE École Universitaire de Management création en 1955

Rue Saint-Hélier : orphelinat-refuge (1852) (dit Solitude de Marie-Joseph) ● Rue de Fougères : orphelinat de filles (1853) (Filles de la Charité)

A) LES JEUNES ORPHELINS de la rue Jean Macé

En 1960, à l’âge de 17 ans, Je suis entré en relation avec l’aumônier des étudiants de RENNES qui m’a parrainé auprès de la communauté des religieuses de St Vincent de Paul en recherche d’un moniteur pour l’orphelinat de garçons de la rue Jean Macé à RENNES.

(

D’après la collection photographiques  des archives du musée de Bretagne) Les orphelins se tiennent dans une longue colonne, en rang par deux. Ils ont été préalablement disposés par la discipline stricte des religieuses.

Au sein de cette institution, je me suis retrouvé comme étant le premier moniteur masculin de l’institution au milieu d’un groupe de religieuses aux personnalités différentes. L’organisation comportait, une femme de service, un jardinier et un homme à tout faire (ancien pensionnaire).

Le projet éducatif était basé sur la notion « d’oeuvre charitable » pour ces pauvres orphelins que des bienfaiteurs pouvaient parrainer en les accueillant un dimanche de temps en temps…

Les activités religieuses pouvaient comporter jusqu’à trois cérémonies par dimanche cela nécessitait des déplacements internes vers le seul grand dortoir afin de changer de tenue avant chaque sortie à l’extérieur. La prière du soir permettait à la religieuse principale d’exercer ses talents d’oraisons ou d’homélie à des enfants que je devais surveiller pour qu’ils respectent la position agenouillée et le silence.

Dans la semaine, l’organisation des déplacements extérieurs en rang serrés représentait une autre particularité quotidienne de l’orphelinat que ce soit pour se rendre à l’école ou s’entrainer à défiler au pas pour la quête annuelle au Stade Rennais. Pour préparer les repas du soir, en compagnie d’une aide de cuisine, deux enfants allaient chercher les restes alimentaires du midi au lycée St Vincent situé à proximité.

Très vite, je me suis questionné sur la fonction que l’on me demandait d’assurer au sein d’un projet éducatif qui ne correspondait pas à mes motivations. Par l’intermédiaire de l’aumônier des étudiants afin de rompre avec mon isolement, j’ai pu bénéficier de la présence d’un étudiant en médecine qui venait partager certains temps de la semaine en contrepartie de son hébergement.

Au début de l’année 1961, l’orphelinat a été sollicité pour accueillir un public nouveau représenté par le rapatriement d’enfants de militaires français engagés dans la guerre d’INDOCHINE. Ces jeunes ne pouvaient pas rester vivre au pays avec leurs mères. Leur « intégration » à notre culture ne fut pas évidente alors que leur maturité sociale me semblait en avance par rapport à celle des jeunes français.

Les enfants admis étaient orientés après un temps d’accueil dans une annexe de l’hôpital de PONTCHAILLOU où un service recevait ces garçons et filles «abandonnés, orphelins ou retirés à leurs familles » jusqu’en 1969. Le besoin d’extension de l’Hôpital  a conduit à le délocaliser à Chantepie, sur un terrain de 24 hectares, une ville comprenant alors à peine 2000 habitants. C’est la naissance du Centre de l’Enfance au Domaine d’Hallouvry .

Yves LAPIE,  délégation Bretagne 

http://www.archives.rennes.fr/histoire-de-rennes/et-encore/rennes-cinq-siecles-d-histoire-sociale-a-travers-les-archives/